Récit des combats du carrefour des 3 communes à Enghien Les Bains le 27 août 1944 d’après CUSIMANO et AUFFRET du TD M10 OURAGAN

D’après le récit de CUSIMANO et AUFFRET (T.D. « OURAGAN ») Caravane n° 473
Nous sommes partis d’Epinay en suivant un F.F.I. à bicyclette.
Il nous précédait d’une cinquantaine de mètres dans une rue qui devait être parallèle à l’avenue principale.
Nous croisions beaucoup de rues transversales, aussi je faisais très attention car l’ennemi pouvait être partout.
Tout à coup, je vois sur ma droite dans l’avenue principale, une masse en mouvement d’une couleur se confondant avec l’environnement. J’ai vu la moitié de sa croix noire. J’ai immédiatement freiné tout en disant par l’interphone « – attention à droite ». J’avais à peine arrêté le T.D que notre premier coup est parti, puis un deuxième. Voilà que le char ennemi poursuit sa route. Je me suis dit qu’il faisait mouvement pour nous aligner. Mais non ! Nous avons continué jusqu’au carrefour des Trois Communes en prenant la rue Alphonse Haussaire. Quand nous arrivons au niveau du café du même nom qui avait ses rideaux métalliques baissés, tout se passe très vite.
Devant nous, contre un muret surmonté d’une grille, deux soldats ennemis en position de tir, qui nous croyaient sans doute des leurs. Un perforant a raison du premier, l’autre s’est relevé tout en se tenant la tête et a disparu. C’étaient les servants d’une mitrailleuse.
Le temps semblait s’être arrêté, quand un obus est arrivé sur la façade de l’immeuble qui séparait les deux rues, avec au rez-de-chaussée un salon de coiffure.
J’oubliais de dire que sur notre gauche, un immeuble avec une épicerie, dont les épiciers, qui étaient dans leur cave, ont tout vu par le soupirail.
Contre cet immeuble, il y avait un homme muni d’un appareil photo. Je me méfiais de sa présence, car de toute évidence, il signalait à l’ennemi notre présence.
D’autres obus ont frappé l’immeuble quand tout d’un coup, je vois en entier avec sa croix noire, un char allemand. Lui aussi nous a vus. Mais il commet l’erreur d’essayer de nous éviter et nous présente ainsi son flanc. Mon tireur n’en demande pas autant et il lui envoie un perforant en plein milieu, ce qui déclenche une formidable explosion, tous les pavés sous lui sont pulvérisés.
Il ne restait du char qu’une partie du châssis ainsi que les restes du conducteur déchiqueté.
Ils n’ont pas souffert.
Ensuite, la jeep de notre lieutenant ALLONGUE est arrivée sur place et j’ai remarqué qu’ils saignait de sa jambe droite.
Ce fut le tour du quartier maître électricien MARTIN qui est monté sur l’avant de notre TD en me disant : « -je vais t’en chercher d’autres ». Je lui a répondu que c’était plein de boches.
C’était la dernière fois que je le voyais vivant, hélas ! Il habitait Pléhedel dans les Côtes d’Armor non loin de Pleumeur Gautier. Quelqu’un nous a confié un drapeau à croix gammée.
Pour revenir au premier char que nous avions tiré et qui était parti, c’est notre guide F.F.I qui l’a retrouvé abandonné. Quant à l’intérieur de sa tourelle, c’était un carnage…
Voilà comment le combat d’Enghien, ou plus exactement le combat du Carrefour des 3 Communes s’est déroulé.
Nous avons eu beaucoup de chance !

