RUE RADEAU in "Les rues de Marseille" par Augustin Fabre 1867-1868

On trouvait une famille Roudelli parmi les plus nobles du royaume de Sicile (1) et l’on sait que bien des gentils hommes de ce royaume vinrent, dans le moyen-âge, chercher un asile à Marseille. Mais la famille du nom de laquelle dérive celui de la rue Radeau n’avait rien d’italien, et sur tout rien d’aristocratique. On l’appelait Rodelli dans les titres latins. Son nom dut se prononcer Rodeou en provençal, et plus tard Rodel ou Rodeau en français.
Guillaume Rodelli exerçait à Marseille les fonctions de notaire en 1281 (2). Il était, quatorze ans après, le greffier de Bertrand Giles, chanoine et official de l’évêché de cette ville (3). On voit, en 1323 et en 1331, un notaire portant aussi le nom de Guillaume Rodelli (4). L’intervalle d’un demi-siècle ne permet pas de croire que ce soit le même personnage. C’était peut-être le fils du premier, peut-être aussi un simple homonyme. Quoiqu’il en fût, d’autres citoyens de Marseille du nom de Rodelli figurent dans le XIVe siècle. Bernard Rodelli était apothicaire en 1334 (5).
Etienne Rodelli, calfat en 1341, comptait, deux ans après, au nombre des membres du conseil général (6), où on le voit encore en 1350 pour le quartier de Saint-Jean (7).
A la fin du XV e siècle, la rue de la famille Rodelli (8) avait reçu d’une partie du peuple marseillais le nom de
Saint-Sauveur (9), parce que son extrémité longeait latéralement l’ancienne abbaye située sur la place de Lenche.
Bien des gens l’appelaient encore Saint-Sauveur au milieu du XVIe siècle, et d’autres, à peu près à la même époque, francisant à leur manière le nom provençal de Rodeou, dirent la rue de la font de Rodeux (10), parce qu’une fontaine venait d’y être construite. Ensuite ce nom se prononça et s’écrivit dans les actes de plusieurs autres façons, suivant la variété des appellations populaires, et telles furent les dénominations de Rodiaux, Rodeoulx, Rodeaux, Roudiau (11).
Le nom de Rodeau, donné à cette rue en 1713, reçut, pour le moment, une sorte de sanction officielle (12). C’était en effet remonter à la véritable origine de ce nom. Mais j’ai tout lieu de croire que le hasard fit tout en cette circonstance. Personne ne comprit alors la signification du mot Rodeau. On finit par croire qu’il y avait là une erreur de prononciation et d’orthographe, et tout le monde dit Radeau qui paraissait exprimer quelque chose. On ne se demanda pas quel rapport pouvait exister entre un radeau et cette rue. L’administration municipale n’en sut pas plus que le peuple, et le nom de Radeau, fils adoptif d’une erreur générale, fut consacré définitivement.
En 1716, la ville régularisa cette rue par le coupement de plusieurs maisons qui nuisaient à l’alignement (13). Elle en coupa une autre en 1785, et une autre encore l’année suivante (14).

(1) Indice delle famiglie nobili, etc., à la suite de / Raquagli historici del Vespro Siciliano del. sig. Mugnos, Palerme, 1645, p. 237.
(2) Voyez la charte 1106, du 17 octobre 1164, et sa transcription du 2 juillet 1281, dans le Cartulaire imprimé de Saint-Victor de Marseille, t. II, p. 581.
(3) Jugement de la veille des calendes de mars 1295, rendu par Bertrand Giles, aux Archives de la ville de Marseille, Chartier.
(4) Séance du 24 avril 1323, dans le Registre des délibérations municipales, 1322-1323, aux Archives de la ville de Marseille. —Acte du l or novembre 1331, fait par le notaire Guillaume Rodelli, aux mêmes Archives, Chartier.
(5) Acte du 20 décembre 1334, aux écritures du notaire Pierre Gompina à Marseille, aux Archives de la ville, Chartier.
(6) Acte du 12 août 1341, dans le Cartulaire du notaire Bernard Blancard, aux Archives de la ville.
(7) Charte du 27 février 1350 contenant une Délibération du Conseil général de Marseille, qui nomme six députés chargés d’aller à Naples auprès de la reine Jeanne. Archives de la ville.
(8) Je conserve le nom et l’orthographe des Actes latins.
(9) Registre B des reconnaissances et directes de l’hôpital Saint-Jacques de Galice, p. 347 recto, aux Archives de l’hôtel-Dieu.
(11) Môme Registre B, p. 347 verso.
(12) Nouveau Registre D, I, des reconnaissances et directes de l’hôpital Saint-Jacques de Galice, passim, aux Archives de l’Hôtel-Dieu.
(13) Procès-verbaux des assemblées particulières tenues en exécution de l’arrêt du conseil du 13 novembre 1712, à la suite du Registre 13 des délibérations municipales, fui. 15 verso, aux Archives de la ville.
(13) Divers articles du Registre du contrôle des mandats des dépenses de la communauté de Marseille, de 1762 à 1766, aux Archives de la ville.
(14) Article du 26 octobre 1785 et article du 20 avril 1786 dans le Registre du contrôle des mandats de 1785à 1788, aux Archives delà ville.

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