La contre-attaque de Loigny du général de Lonis le 2 décembre 1870

La contre-attaque a pour cadre la bataille de Loigny, ou bataille de Loigny-Lumeau-Poupry, qui s’est déroulée en Eure-et-Loir, au nord d’Orléans, avec des combats sur le territoire des communes de Terminiers, Loigny, Lumeau et Poupry, à 15 km de Patay, le 2 décembre 1870 à la fin de la guerre franco-allemande de 1870.
Le 2 décembre 1870 à Loigny, non loin d’Orléans, se déroule l’un des plus célèbres épisodes de la guerre franco-prussienne.
Alors qu’elles tentent de rejoindre Paris, les troupes françaises de l’Armée de la Loire sont bloquées par l’armée allemande. Afin de libérer le village de Loigny, le général Sonis, à la tête de 800 hommes dont 300 « volontaires de l’Ouest » commandés par Charette, placés sous la bannière du Sacré Cœur, tente une charge désespérée : seule la moitié des combattants revient. Le général Sonis est blessé. La défaite finale met à mal l’espoir de libérer Paris.
Le matin source
La bataille du 2 décembre 1870 commence vers 9 h, avec l’assaut des 1re et 2e divisions, formant le centre et l’aile gauche du 16e corps, contre les Bavarois retranchés autour du château de Goury (entre Loigny et Champdoux), qui venaient juste de s’emparer de la place.
Néanmoins, vers 11 h 30, une contre-attaque des Bavarois entre Beauvillers et le Château de Goury parvient à repousser la 1re division de l’amiral Jaureguiberry sur Loigny, et met en difficulté l’aile gauche française. Durant tout l’après midi jusqu’à 19 h, les combats de l’aile gauche française font rage autour et dans le bourg de Loigny, d’Écuillon à Fougeu.
L’attaque allemande simultanée sur deux ailes droite et gauche finit par provoquer un risque d’encerclement du 16e corps, qui obtient l’appui des 15e et 17e corps. Le général Chanzy, en dégageant son aile droite, laisse plusieurs bataillons allemands refermer l’étau sur Terre-Noire, ce qui conduit au repli vers Terminiers et Villepion, puis à la retraite ordonnée à partir de 15 h.
Après plusieurs tentatives infructueuses, la 33e brigade du général Hugo von Kottwitz finit par s’emparer de Loigny puis, en deux heures, arrête les ultimes assauts du 17e corps protégeant l’aile gauche de l’armée française.
N’ayant pas reçu l’ordre de retraite, deux bataillons du 37e régiment de marche de la 1re division du 16e corps, retranchés au cimetière de Loigny, résistent. « À cinq heures, les zouaves ayant dû battre en retraite, Loigny tout entier se trouva comme dans un cercle de troupes allemandes. Au sud, le passage était fermé ; et d’ailleurs, les commandants du 37e ne songeaient qu’à une défense désespérée. Les 90e et 76e régiments de la division Treskow, maîtres de la route de Terminiers comme du chemin de Lumeau, se retournent alors vers le village. (...) Vers sept heures, presque tout ce qui restait des deux bataillons était prisonnier. »
Récit de la « charge de Loigny » par le Général Pierre Bertin Revue historique des Armées

« Il y a là-has des lâches qui refusent de marcher. Ils vont perdre l’armée. Montrons leur ce que valent des hommes de coeur et des chrétiens ».
Et ce général commandant un corps d’armée va mener la contre attaque en personne, avec Charette. Ses troupes sont d’ailleurs réduites puisque le 2e bataillon des Volontaires du commandant Le Gonidec est en soutien de l’artillerie de Gommiers avec la moitié du bataillon des Côtes-du-Nord et qu’il faudra laisser deux autres compagnies avec l’artillerie de Villepion. Si bien que Sonis partira avec les six compagnies du 1er bataillon du commandant de Montcuit, deux compagnies des Côtes-du-Nord et les francs-tireurs de Tours et de Blida : 800 hommes au maximum. Il espère relancer le 51e de marche en avant et surtout voir le général Deflandre arriver avec sa 3e division pour le soutenir mais toutes ses attentes seront déçues, le 51e ne suivra que partiellement et Deflandre qui est aux prises avec les menaces réelles de la cavalerie n’arrivera pas à Villepion avant 17 h 30.
L’attaque sera très simple ; il n’y aura pas de manœuvre, le terrain dénudé de la Beauce n’offrant à cet égard pas beaucoup de possibilités. On marchera droit devant soi, à une allure si rapide qu’un jeune volontaire la qualifiera de « train d’enfer », pour aborder l’ennemi à la baïonnette en fin de course...
L’artillerie en batterie entre Villepion et Faverolles appuiera l’attaque mais, comme trop souvent à l’époque, il ne semble pas que la mise au point de cette action inter-armes ait fait l’objet de mesures poussées dans le détail. En tout cas la neutralisation des feux adverses sera insuffisante à en juger d’après les pertes subies.
A 16 h 15, on démarre face à Loigny qui brûle. Une première vague d’assaut est constituée par les lre, 2e et 3e compagnies des Volontaires de l’ouest commandées par le lieutenant de Bellevue, le lieutenant de Boischevalier et le capitaine de Réau.
La deuxième vague comprend les 4e, 5e et 6e compagnies commandées par le capitaine de Gastebois, le lieutenant de la Bégassière et le sous-lieutenant Renaud.
Entre les deux lignes, se trouvent l’état-major de la Légion des Volontaires, le colonel de Charette et le commandant de Troussures, le commandant de Montcuit avec son adjudant-major le capitaine de Ferron, le général de Sonis avec son état-major particulier.
A la gauche du dispositif sont les francs-tireurs de Tours du capitaine Hildenbrand et ceux de Blida du lieutenant Brun ; à droite et en retrait, les première et sixième compagnies des mobiles des Côtes du-Nord commandées respectivement par le capitaine Grouazel et le lieutenant de Sagazan.
Au sud de Villours on dépasse la ligne des tirailleurs du 51°. Une partie d’entre eux répondent aux objurgations du général de Sonis et pour un moment se joignent à sa petite troupe (4). Celle-ci progresse malgré les obus qui tombent dru sans provoquer toutefois trop de dommages chez les attaquants déployés en tirailleurs largement espacés. Les compagnies ne se désunissent pas et Charette écrira dans son rapport que cc les Volontaires font preuve d’un calme et d’un sang-froid admirables ».
Les mobiles des Côtes-du-Nord enlèvent Villours et les Volontaires arrivent en vue du bois Bourgeon solidement tenu par quatre compagnies de Mecklembourgeois. Le feu d’infanterie est intense. Les hommes tombent en masse. Le général de Sonis, la jambe droite et le genou brisés se fait descendre de cheval ; deux officiers le déposent sur la neige, la tête appuyée sur sa selle. Les commandants de Montcuit et de Troussure, le capitaine adjudant-major de Ferron, d’autres officiers et gradés sont blessés. Charette a son cheval tué sous lui ; il se dégage et, tête nue, relance ses hommes en avant. Les clairons sonnent la charge.
Les Volontaires pénètrent dans le bois. La mêlée est atroce mais la puissance de choc des assaillants est telle que les défenseurs sont rejetés dans Loigny. Les survivants, Français et Allemands mélangés, entrent dans le village. Les Volontaires de l’ouest et quelques francs-tireurs occupent deux maisons au sud de l’agglomération.
Dans le réduit français c’est l’espoir. Le capitaine de Maricourt du 75e mobiles grièvement blessé le matin et qui se trouve dans l’ambulance écrira : « ...quand soudain une clameur immense s’éleva, suivie d’une fusillade furieuse ».
« C’était une charge à la baïonnette... Un immense espoir nous envahit : « Tous, haletants, nous écoutions cette charge splendide, héroïque, qui s’avançait toujours... ».
Elle ne parviendra toutefois pas jusqu’aux défenseurs du cimetière.
Von Treskow qui commande la 17e division d’infanterie prussienne a pourtant craint un instant d’être chassé de Loigny. Il se hâte d’amener son ultime réserve et ce sont deux bataillons du 75e d’infanterie qui se jettent sur les assaillants épuisés et que personne ne vient soutenir.
Charette est obligé d’ordonner le repli sans avoir pu donner la main aux valeureux débris du 37e. En se repliant il sera blessé à son tour et restera sur le terrain.
Les Allemands sont eux-mêmes trop éprouvés pour poursuivre et la retraite s’effectue en ordre, par l’ouest du bois Bourgeon ; mais la note est lourde : sur 300 Volontaires de l’ouest partis à 16 h 15, 198 sont tués ou blessés — deux sur trois — Sur 14 officiers 10 sont hors de combat et parmi eux 4 commandants de compagnie sur 6. Les deux compagnies des Côtes-du-Nord ont perdu 110 hommes, les francs tireurs de Tours et ceux de Blida laissent 58 hommes et 4 officiers sur le terrain.
Dans Loigny, les défenseurs du cimetière sont à bout et leur chef, le commandant de Fouchier, est gravement blessé. A 17 h 30 ils cessent le combat.
Quant aux blessés qui restent sur le champ de bataille, ils vont passer une véritable nuit d’agonie dans la neige, par moins 20° centigrades. Beaucoup succomberont, certains seront ramassés par les brancardiers allemands. D’autres seront achevés, tel le commandant de
Troussures assommé à coups de crosse sous les yeux du général de Sonis.
Ce dernier et le colonel de Charette seront recueillis au jour et finalement sauvés. Le général de Sonis devra être amputé de la jambe tandis que Charette à peine rétabli rejoindra les lignes françaises au début de janvier 1871.

