Édouard de Castelnau

Édouard de Castelnau, né le 24 décembre 1851 à Saint-Affrique (Aveyron) et mort le 19 mars 1944 à Montastruc-la-Conseillère (Haute-Garonne), au château de Lasserre, est un général d’armée français, grand-croix de la Légion d’honneur et médaillé militaire.
Il est commandant de groupe d’armées et chef d’État-Major des armées durant la Première Guerre mondiale. Il joue un rôle important dans la victoire française lors de la bataille de Verdun.
Élu député en 1919, président de la Commission de l’armée pendant la législature, il prend ensuite la tête d’un mouvement politique confessionnel, la Fédération nationale catholique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, opposé au maréchal Pétain et au régime de Vichy, il soutient la Résistance. Il fut longtemps controversé en raison d’un catholicisme jugé outrancier. Les historiens modèrent très sensiblement ce portrait en soulignant sa très grande loyauté aux institutions républicaines, contestant notamment qu’il ait pu être réactionnaire.
Famille
Il est marié à Marie Barthe (1858-1927). Trois de ses fils, Gérald (1879-1914), Xavier (1893-1914) et Hugues (1895-1915), sont tués lors de la Grande Guerre. Lors de la Seconde Guerre mondiale, son petit-fils Urbain de La Croix (1919-1945) et ses petits-neveux, Jean de Castelnau (1913-1944) et Noël de Mauroy (1924-1944), tombent également au champ d’honneur.
Avant la Grande Guerre
Pour des raisons d’âge, Édouard de Castelnau doit se réorienter vers l’armée de terre et fait partie de la 54e promotion de Saint-Cyr, la promotion du Rhin (1869-1871), modifiée après la guerre en promotion du 14 août 1870, dont il sort sous-lieutenant le 14 août 1870. Il est nommé au 31e régiment d’infanterie et participe à la guerre franco-allemande de 1870 dans l’armée de la Loire.
Après la guerre, il sert comme lieutenant, puis capitaine, dans divers régiments avant d’intégrer l’École de guerre en 1879. Affecté à l’état-major de l’Armée à Paris en 1893, il en dirige le 1er bureau en 1897. Il connaît un premier retard de carrière en étant mis en cause par le polémiste Urbain Gohier, qui, dans un article de L’Aurore5, dévoile qu’il est le descendant d’un émigré qui a combattu dans l’Armée des émigrés pendant la Révolution. En 1900, il est la cible du nouveau ministre de la Guerre, le général Louis André, qui veut le licencier de l’armée en raison de ses origines aristocratiques et de son catholicisme. Selon lui, Castelnau n’a pas le profil républicain qu’il souhaite imposer dans l’armée. Le chef d’État-Major, le général Alfred Delanne, s’oppose à cette décision et nomme Castelnau au commandement du 37e régiment d’infanterie et démissionne, ce qui entraîne une interpellation du gouvernement à la Chambre et au Sénat6. Le ministre se venge en maintenant Castelnau cinq ans dans ce poste, deux fois la durée habituelle à ce type de commandement. Il veille également à ce qu’il ne soit pas promu général en dépit de ses états de service, mais l’affaire des fiches va relancer sa carrière. Le général André est contraint à la démission et, quelques mois plus tard, le 25 mars 1906, à la demande de Paul Doumer, Castelnau est promu général de brigade. Il commande successivement une brigade à Sedan, puis à Soissons.
Le 21 décembre 1909, Castelnau devient général de division, ce qui le met pour la première fois sous les ordres du général Joseph Joffre, qui commande en effet le corps d’armée dont dépend la 13e division de Chaumont dont hérite Castelnau. Les deux hommes apprennent à se connaître. Joffre insiste lorsqu’il est nommé à la tête de l’armée de terre française le 28 juillet 1911 pour avoir Castelnau à ses côtés. Celui-ci prend le titre de premier sous-chef d’état-major. Il a principalement la charge de concevoir un nouveau plan de mobilisation et de concentration des armées françaises en cas de guerre, le plan XVII. En 1912, il est confirmé dans ses fonctions en devenant chef d’état-major en titre en remplacement du général Augustin Dubail7. Par décret du 30 octobre 1913, il est ensuite nommé au Conseil supérieur de la guerre, ce qui le désigne pour prendre le commandement de la 2e armée française en cas de conflit. Au cours de 1913, il se trouve largement exposé au violent débat qui accompagne la loi des Trois ans. En effet, lors de l’élaboration du plan XVII, il devient vite évident qu’il faut accroître les effectifs militaires dès le temps de paix. Seul un allongement d’une année supplémentaire du service militaire permet d’y parvenir, mais près des deux tiers des députés radicaux et socialistes sont farouchement contre la perspective d’un service de trois ans. Conduite par Jean Jaurès, l’opposition à ce projet de loi prend rapidement une tournure passionnelle. Castelnau, considéré comme l’inspirateur du texte, devient la bête noire des opposants d’autant que le texte est finalement voté le 19 juillet 1913. Le ressentiment à l’égard de Castelnau de la part de la mouvance radicale-socialiste perdure jusqu’à la fin de sa vie. Georges Clemenceau, pourtant favorable à la loi des trois ans, immortalise cet antagonisme en affublant Castelnau de surnoms tels « le capucin botté » ou « le général de la Jésuitière », qui passent à la postérité.
Grande Guerre
À la déclaration de guerre, il rejoint son armée en cours de mobilisation à Nancy. Le 15 août 1914, les cinq armées françaises passent à l’offensive contre les Allemands, qui sont en train d’effectuer un large mouvement de débordement par la Belgique. Castelnau affronte l’armée du prince Rupprecht de Bavière, qui l’attend sur des positions préparées à l’avance à Morhange. Alors que le Grand Quartier général (GQG) prétend que les Allemands sont en retraite et qu’il n’y aurait devant lui que des arrière-gardes, Castelnau bute soudainement sur des forces considérables, fortement appuyées par de l’artillerie lourde.
La 2e armée française, composée notamment des 15e, 16e, 20e corps d’armées et du 2e groupe de division de réserve (2e GDR commandée par le général Léon Durand), subit de lourdes pertes et doit se replier sur Nancy. Heureusement, Castelnau réussit à reformer son armée, qu’il peut alors lancer dans une manœuvre de flanc, infligeant une lourde défaite aux Allemands qui le poursuivent lors de la bataille de la trouée de Charmes (24-27 août). Il évite ainsi aux armées françaises qui se replient vers Paris d’être tournées par la droite et rend possible la bataille de la Marne. Au moment où les autres armées remportent la victoire de la Marne, Castelnau bloque une nouvelle offensive allemande visant Nancy lors de la bataille du Grand-Couronné (4-13 septembre). Cela lui vaut le surnom de « sauveur de Nancy ».
Castelnau est promu le 18 septembre 1914 grand officier de la Légion d’honneur. Joffre le retire ensuite du front de Lorraine et lui confie la mission de prolonger le flanc gauche des armées françaises au nord de l’Oise en s’efforçant de déborder l’aile droite allemande. C’est le début de la course à la mer, que Castelnau engage et mène jusqu’à Arras. Cette manœuvre est ensuite poursuivie jusqu’à atteindre le rivage de la mer du Nord par le corps expéditionnaire britannique, l’armée belge et plusieurs corps de l’armée française sous le commandement du général Ferdinand Foch. En Picardie, Castelnau se distingue en résistant à une offensive allemande commandée par le général Alexandre von Kluck dans la région de Roye. Cela lui vaut après la guerre cette appréciation de son ancien adversaire : « L’adversaire français vers lequel sont allées instinctivement nos sympathies, à cause de son grand talent militaire et de sa chevalerie, c’est le général de Castelnau. Et j’aimerais qu’il le sache ».
À partir de novembre 1914, en Belgique et en France, les combats prennent la forme d’une guerre des tranchées. Mettant en œuvre des principes tactiques nouveaux, notamment en lançant son infanterie sous la protection d’un barrage d’artillerie roulant, Castelnau remporte une victoire au Quesnoy-en Santerre. Dès le début de 1915, il préconise d’adopter une attitude défensive sur le front français en attendant d’avoir suffisamment d’artillerie lourde pour percer les défenses allemandes et, dans l’intervalle, de lancer une grande offensive dans les Balkans. Son idée reçoit le soutien du président Raymond Poincaré et d’Aristide Briand, alors ministre des Affaires étrangères. Toutefois, Joffre et le GQG s’y opposent.
En juin 1915, il est placé à la tête du groupe d’armées du Centre et dirige l’offensive de Champagne du 25 septembre 1915. En quelques jours, il fait 25 000 prisonniers et prend 125 canons, mais perturbée par une pluie continuelle, cette offensive ne débouche pas sur une victoire stratégique. À la suite de ce fait d’armes, il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur le 8 octobre 1915 et, deux mois plus tard, le 11 décembre 1915, il est nommé chef d’état-major général des armées françaises, poste qu’il occupe tout au long de 1916. Dans cette fonction, il seconde le généralissime Joffre. Il apporte une contribution décisive à la bataille de Verdun. Contrairement à la plupart des officiers du GQG, qui ne croient pas à une offensive allemande à cet endroit, il la redoute, intervient alors pour faire renforcer les défenses de la ville et fait mettre en alerte le 20e corps d’armée à Bar-le-Duc pour pouvoir l’engager en renfort en cas d’attaque allemande. Celle-ci se déclenche le 21 février 1916. Alors qu’après trois jours de combats, les défenses françaises sont en train de céder, Castelnau se rend à Verdun et prend les décisions capitales qui permettront la résistance. Il nomme le général Philippe Pétain et réorganise le commandement local. Tout au long des neuf mois que dure la bataille, il intervient pendant les épisodes les plus critiques. Après six semaines de combats, il décide de nommer le général Nivelle20, le général Pétain prenant le commandement du groupe des armées du Centre (GAC). C’est lui enfin qui ordonne en novembre 1916, contre l’avis des officiers de l’entourage de Joffre, la dernière offensive, qui transforme cette longue bataille en une victoire française.
En décembre 1916, Joffre est remplacé à sa fonction de commandant en chef des armées. Le général Robert Nivelle est choisi pour lui succéder, Joffre étant élevé à la dignité de maréchal de France. Le poste de chef d’état-major des armées est supprimé, et Castelnau est nommé au commandement du groupe d’armées de l’Est. Cependant, ce secteur du front, où opèrent ses unités, est le moins actif. Le 25 juin 1917, il reçoit la médaille militaire. Au printemps 1918, profitant du retrait russe du conflit après la révolution bolchevique, les Allemands ramènent l’ensemble de leurs forces en France et en Belgique et puis lancent une série de grandes offensives qui sont en passe de les rendre victorieux. Les armées que commande Castelnau ne jouent pas un rôle de premier plan pendant cette période. Par contre, alors que les troupes franco-britanniques, renforcées par le contingent américain, reprennent l’initiative au cours de l’été, il est désigné pour préparer une manœuvre décisive en Lorraine. Dans ce secteur, la faiblesse du dispositif allemand laisse présager un succès de grande ampleur susceptible d’accélérer la fin de la guerre. À deux jours près, Castelnau ne connaîtra pas une nouvelle victoire. L’armistice du 11 novembre suspend son attaque alors qu’elle l’aurait sans doute conduit profondément en Allemagne. En dépit des pertes supplémentaires que cela aurait occasionné — « je sais trop l’amertume des larmes versées sur les tombes, écrit-il à sa famille, en pensant à ses trois fils, Gérald, Xavier et Hugues, qui ont été tués au cours de cette guerre » —, Castelnau pense que les alliés n’auraient pas dû signer l’armistice de manière prématurée23.
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