Place de Grève (Paris)



Le site était occupé autrefois par une ancienne grève, donc une sorte de plage faite de sable et de gravier, où il était facile de décharger des marchandises arrivant par la Seine.

Ainsi très vite s’y installe un port remplaçant, progressivement, le port Saint-Landry situé sur l’île de la Cité. Le port de Grève devient le plus important de Paris : le bois, le blé, le vin, le foin y sont déchargés, facilitant ainsi l’installation d’un marché. C’est autour de ce port que va ainsi se développer sur la rive droite, un quartier très dense.

Ce port permet l’installation, dès le début du XIIe siècle, d’un marché public qui portait en raison de sa proximité à la Seine le nom de « place de Grève ».

Aussi les hommes sans emploi y trouvaient-ils facilement du travail. L’expression « faire grève » a donc d’abord signifié « se tenir sur la place de Grève en attendant de l’ouvrage » avant d’évoluer vers le sens qu’on lui connaît aujourd’hui, à savoir « cesser le travail en se liguant pour obtenir une augmentation de salaire » (Littré, 1872).

En vertu d’une charte du roi Louis VII le Jeune, de 1141, sur la demande des bourgeois de Paris des quartiers de la Grève et du Monceau, le marché fut supprimé moyennant la somme de soixante-dix livres parisis que ces bourgeois paieraient au trésor royal. La place resta ainsi libre et on n’y éleva aucun bâtiment. Depuis ce temps, on organise sur cette place différentes cérémonies. En 1242, vingt-quatre charretées du Talmud y sont solennellement brûlées en présence du Prévôt et du clergé, ce qui est l’une des manifestations de l’antisémitisme alors naissant. La ville y donne aussi des fêtes ainsi que le feu de la Saint-Jean. Celui-ci, qui était traditionnellement allumé par le roi de France en personne, perdura jusqu’en 1648, date à laquelle Louis XIV officia pour la dernière fois.

C’est également là que se déroulaient ordinairement les exécutions. On ignore à quelle époque la place de Grève servit la première fois de lieu patibulaire. La première exécution date de l’année 1310, époque à laquelle une femme hérétique, nommée Marguerite Porette, y fut brûlée.

Le siège de la municipalité parisienne s’y installe vers 1357, quand Étienne Marcel, prévôt des marchands, acquiert là à tel effet la maison aux Piliers.

En 1362, l’hôpital du Saint-Esprit est fondé au nord de l’Hôtel de Ville. Son église est construite en 1406. L’ensemble est détruit en 1798.

La halle au vin y fut transportée en 1413, ainsi que la place au charbon, en 1642.

À son retour des guerres d’Italie, François Ier décide de substituer la maison aux Piliers par un nouvel édifice qu’il commande à l’Italien Dominique Boccador. Le nouveau bâtiment, conçu en 1533, n’est achevé qu’en 1628.

L'ancien Hôtel de Ville et place de Grève vers 1610, par Claude Chastillon

Elle est citée sous le nom de « place de la Grève » dans un manuscrit de 1636.

Le 4 juillet 1653, Louis XIV et Mazarin assistent à un feu d’artifice tiré sur la place de Grève puis un banquet est offert par la municipalité13.

Le 17 juin 1763, un feu d’artifice est tiré devant l’Hôtel de Ville pour la publication de la paix.

La place de Grève est agrandie vers 1770 en vertu des lettres-patentes du 22 avril 1769.

Le 25 avril 1792 eut lieu en place de Grève la première exécution par guillotine. Le condamné, Nicolas Jacques Pelletier, était un simple voleur. La foule, accoutumée depuis le Moyen Âge à des supplices plus « raffinés », se montra déçue de la rapidité du procédé. Le lendemain, une chanson courait les rues : « Rendez-moi ma potence de bois, rendez-moi ma potence. »

La célèbre châsse de sainte Geneviève fut enlevée de l’abbaye Sainte-Geneviève en 1793 pour être fondue et les reliques de la sainte furent alors brûlées en place de Grève.

La guillotine devait à nouveau être montée en place de Grève de novembre 1794 à mai 1795. Parmi les dernières têtes à tomber, il y eut celles du député de la Convention, Jean-Baptiste Carrier, et de l’accusateur public Fouquier-Tinville.

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Durant les Trois Glorieuses, et plus particulièrement le 28 juillet 1830, la place et l’Hôtel de Ville feront l’objet de furieux combats entre la troupe et les insurgés. La place et le bâtiment seront plusieurs fois perdus et repris au cours de la journée, avant de finir par rester aux mains des insurgés.

Le 20 janvier 1832, un arrêté du comte de Bondy, préfet de la Seine déplace le lieu d’exécution : « Les condamnations emportant la peine capitale seront à l’avenir exécutées sur l’emplacement qui se trouve à l’extrémité de la rue du Faubourg-Saint-Jacques. »

La place prend sa physionomie actuelle dans la seconde partie du XIXe siècle dans le cadre des travaux de transformations de Paris sous le Second Empire.

La place est alors prolongée vers le nord jusqu’à la rue de Rivoli, tracée à la même époque. Le côté occidental de la place est aligné dans l’axe de la rue du Renard élargie. La place absorbe alors la rue du Mouton au nord et la rue Jean-de-l’Épine à l’ouest.

Après sa destruction lors de la Commune, l’hôtel de ville de Paris, qui avait fait l’objet au début du XIXe siècle d’importants remaniements qui avaient altéré son style initial, est reconstruit.

La place est devenue un espace réservé aux piétons en 1982.

Par décision du Conseil de Paris en date du 22 avril 2013, la place prend officiellement le nom de « place de l’Hôtel-de-Ville - esplanade de la Libération », en hommage aux libérateurs de Paris en 1944
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