Maison Saint-Lazare (Paris)



L’enclos Saint-Lazare mesure quatre-vingt-douze arpents de Paris soit environ trente-deux hectares. On en trouve mention dès 1110 : « c’était un hôpital de lépreux, sous l’invocation de Saint-Ladre ou Saint-Lazare », patron des lépreux au Moyen Âge.

La maison-mère de la congrégation de la Mission ou maison Saint-Lazare, devenue la prison Saint-Lazare, puis l’hôpital Saint-Lazare, était située à Paris, 10e arrondissement au no 107 de la rue du Faubourg-Saint-Denis.

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Un domaine sous protection royale

Le roi Louis le Jeune fait une halte à la maison de Saint-Ladre alors qu’il part pour la croisade.
Bien que les archives aient été presque entièrement détruites, il est établi que, dès le IXe siècle, une chapelle existait dans les parages, fréquentée par des lépreux. Un moine de Saint-Martin-des-Champs y fait construire un hôpital auquel Philippe Ier ajouta un moulin et quelques arpents de terre.

Cette léproserie bénéficie de la protection royale : la foire, Saint-Ladre ou Saint-Lazare, est créée en 1110 par Louis VI dit Louis le Gros. Confirmée par Louis VII dit Louis le Jeune, elle sera rachetée en 1183 ou 1181 par Philippe-Auguste, transférée aux Champeaux elle sera à l’origine des halles de Paris[14], en dédommagement de ce transfert, Philippe Auguste autorisa la léproserie de Saint-Lazare à ouvrir une nouvelle foire dans l’enclos Saint-Laurent mitoyen de Saint-Lazare.

Cette foire ainsi que la bonne gestion et les nombreuses donations de familles dont un membre s’était fait soigner à Saint-Lazare ou encore les legs des patients qui ne survivaient pas, pendant les croisades les cas de lèpre étaient si nombreux que Saint-Lazare ne désemplissait pas, ont contribué au développement rapide du domaine.

Vers 1147, à l’occasion de son départ pour la deuxième croisade, c’est Louis VII qui va être à l’origine du « logiz du roy » à Saint-Lazare, « logiz » qui servira de halte obligée pour les souverains lors de leur accession au trône[15],[4]. Les rois et reines y recevaient le serment de fidélité des habitants de Paris[16]. Jusqu’à Louis XV, les corps des souverains après leur décès y sont exposés.

Dès 1179, Saint-Lazare reçoit le droit d’établir un aqueduc à travers ses vignes. Les sources captées par Saint-Lazare provenaient du Pré-Saint-Gervais ou du versant Nord-Est de la colline de Belleville. C’est l’eau de Saint-Lazare qui alimentera les premières fontaines parisiennes.

Dans cet enclos se trouvait un moulin et une ferme, la ferme Saint-Lazare, qui est à l’origine de deux noms de voies actuelles : le passage de la Ferme-Saint-Lazare, dans lequel subsiste un ancien puits à eau[18], et la cour de la Ferme-Saint-Lazare aménagée le long du principal bâtiment de la communauté[19]. Dans ces deux voies, on trouve de nombreuses caves voutées du XVIIe siècle.

S’y trouvait également, non loin de l’église Saint-Laurent, l’église Saint-Lazare qui sera démolie en 1823 du fait de son mauvais état[20]. Des souterrains, aujourd’hui murés, conduisaient de l’église Saint-Lazare à l’église Saint-Laurent et de cette dernière au couvent des Récollets.

Elle avait son entrée sur le faubourg Saint-Denis, à l’emplacement de la crêche Paul-Strauss, square Alban-Satragne. Il était d’usage d’y déposer pendant quelques instants le corps des rois décédés avant de les conduire à la basilique Saint-Denis.

Le premier déclin

Au XVIIe siècle, la lèpre commence à se faire plus rare autour de Paris et le 8 janvier 1632, Adrien Le Bon, de l’ordre des Chanoines réguliers de saint Augustin et prieur de Saint-Lazare, résigne son prieuré en toute propriété à Vincent de Paul (ou Vincent Depaul) pour y loger la Congrégation de la Mission ou Lazaristes.

Le 9 janvier 1632, saint Vincent de Paul et la Congrégation de la mission s’installent durablement dans les bâtiments de l’ancien prieuré Saint-Lazare où ils procèderont à de nombreux agrandissements.

À Saint-Lazare, saint Vincent de Paul sera à l’origine en 1633, avec sainte Louise de Marillac dont il était le confesseur, de la création des Filles de la Charité « au service des enfants trouvés et des malades » qu’il installera à partir en 1641 ou 1642 sur la paroisse Saint-Laurent tout à côté de la maison Saint-Lazare.

C’est à Saint-Lazare que saint Vincent de Paul organisera les célèbres « Conférences de Saint-Lazare » ou « Conférences du mardi », tenues tous les mardis à partir de 1633, auxquelles participeront, entre autres, le cardinal de Retz, Bossuet, Mgr Godeau et le Père Olier et qui intéresseront particulièrement le cardinal de Richelieu et Louis XIII.

Saint-Lazare deviendra aussi « la prison des fils de famille », Chapelle y sera interné en 1646 et laissera des textes sur Saint-Lazare, qu’on peut lire dans les Œuvres de Chapelle et de Bachaumont dont la Lettre à Monsieur Moreau et la Description de Saint-Lazare.

Entre 1635 et 1660, ce sont près de vingt mille exercitants qui seront reçus à Saint-Lazare, dont Jacques Bénigne Bossuet vers 1652.

Dans la même période, de nombreuses missions à l’étranger seront pilotées depuis la maison Saint-Lazare du faubourg Saint-Denis : Tunis en 1645, Alger en 1646, Madagascar entre 1648 et 1661, Pologne vers 1651.

À l’extrémité nord de l’enclos, on avait construit en 1644 une grande maison appelée maison Saint-Charles ou séminaire Saint-Charles, au no 203 de la rue du Faubourg-Saint-Denis, cette dépendance de la maison Saint-Lazare était occupée par des prêtres convalescents, l’emplacement de ce séminaire et des terrains mitoyens donnera l’appellation clos Saint-Charles.

Vers 1645, saint Vincent fait édifier dans le clos Saint-Laurent, dépendance du prieuré Saint-Lazare, l’hospice des Treize-Maisons pour loger les orphelins, il en confie la gestion aux Filles de la Charité, c’est à l’origine de l’hôpital des Enfants-Trouvés, ces maisons étaient situées rue du Faubourg Saint-Denis entre les nos 132 et 148.

En 1653, saint Vincent établit à l’est de l’enclos, avec Louise de Marillac, l’hospice du Saint-Nom-de-Jésus dans le faubourg Saint-Laurent, hospice de vieillards pour 20 femmes et 20 hommes, qui sera démoli lors de la construction de l’embarcadère de Strasbourg (gare de l’Est), cet hospice est à l’origine de la Maison Dubois[45] qui deviendra l’hôpital Fernand-Widal.

Vincent de Paul est mort à Saint-Lazare, dans sa chambre, dans la nuit du 26 au 27 septembre 1660, il sera inhumé le 28 septembre 1660 dans l’église Saint-Lazare, en présence d’Armand, prince de Conti, de Jacques Bénigne Bossuet, encore simple archidiacre de Metz, de la Duchesse d’Aiguillon et des filles de la Charité et de leur supérieure, nouvellement nommée, Marguerite Chétif, dans un caveau creusé au milieu du chœur de la chapelle. C’est dans cette même église que se dérouleront, 79 ans plus tard, en septembre 1729, les solennités en l’honneur de la béatification de Vincent de Paul.

La prison Saint-Lazare sous la Révolution et la Terreur

En 1792-1793, sous la Révolution, les Lazaristes sont dispersés à la suite du décret de la Convention sur la suppression des Ordres religieux et en 1794 un autre décret de la Convention reconnaît Saint-Lazare comme prison.

Les lazaristes, la continuité

En 1661, les prêtres de la Mission reprennent la gestion de l’ancienne foire créée sous Louis VI, ils réinstallent cette foire entre Saint-Lazare et le couvent des Récollets, dans l’enclos Saint-Laurent, cela sera la foire Saint-Laurent.

Au début du XVIIIe siècle, les pères de la Mission font construire plusieurs bâtiments le long du faubourg Saint-Denis afin de les louer à des séculiers, ces bâtiments sont toujours visibles aux nos 99, 101, 103 et 105 de la rue du Faubourg-Saint-Denis. C’est sur le mur pignon de l’immeuble du no 105 que l’on peut voir le portrait de saint Vincent de Paul, réalisé en lames d’aluminium par Jean-Pierre Yvaral et installé en 1987.

La Congrégation de la Mission développe de nombreuses et nouvelles activités : accueil de religieux, séminaires, maison de retraite et collège. Les laïcs sont également accueillis à Saint-Lazare.

Saint-Lazare continue aussi d’être une prison spéciale pour épouses et jeunes débauchés enfermés à la demande de leur famille, aliénés, prêtres indisciplinés.

Tout ceci permet un essor considérable du domaine de 1632 à la veille de la Révolution.

Le déclin et la disparition sous la Révolution

La nuit du 12 au 13 juillet 1789 et presque toute la journée du 13 juillet, la maison Saint-Lazare est totalement pillée et saccagée, à l’exception de l’église, à la suite d’une rumeur selon laquelle des grains et des armes y seraient stockés ; on y trouvera du blé mais pas d’armes, c’est le « sac de Saint-Lazare »[54],[55].

Une des plus belles bibliothèques de Paris va disparaître[56], l’abbé Lebeuf fait état de 18 à 20000 volumes « enlevés, déchirés ou brûlés ».

Le 6 août 1791, une loi ordonne qu’on installe à Saint-Lazare l’École des ponts et chaussées, cette loi ne sera jamais appliquée.

En 1792-1793, les Lazaristes sont dispersés en application du décret de la Convention sur la suppression des Ordres religieux. En 1794, un autre décret de la Convention reconnaît Saint-Lazare comme prison.

« Conspiration des prisons »

Sous la Terreur, Saint-Lazare connaitra ce qu’on appelle la conspiration des prisons « plan concerté d’élimination physique des prisonniers » avec un bilan de 165 exécutions les 6, 7 et 8 thermidor an II pour la seule prison Saint-Lazare.

Appel des dernières victimes de la terreur à la prison Saint-Lazare à Paris les 7-9 Thermidor an II

Le 3 octobre 1793, Hubert Robert, peintre, graveur et professeur de dessin reçoit un ordre d’arrestation, pour motif : « suspect pour son incivisme reconnu, ses liaisons avec les aristocrates ». Il est détenu à la prison Sainte-Pélagie puis à Saint-Lazare. Il craint pour sa vie et peint alors sur tous les supports à sa portée (notamment sur des assiettes [archive]), il exécute plusieurs scènes de la vie quotidienne des détenus de la prison Saint-Lazare. Hubert Robert est délivré le 4 août 1794.

Dès la fin de la Terreur, la prison Saint-Lazare est affectée aux femmes sur proposition de Pierre Pagane.

Prisonniers célèbres pendant la Révolution

Jean-Antoine Roucher à la prison Saint-Lazare.
Louis-Pierre Anquetil, historien français
François-Joseph Bélanger, architecte
François Rose Barthélémy de Bessejouls de Roquelaure, colonel, mort guillotiné
Louis Jean Népomucène François Camus de La Guibourgère, conseiller de la Grand’chambre du parlement de Paris, mort guillotiné
Albert de Bérulle, magistrat et homme politique, mort guillotiné
André Chénier, poète, qui ne sortit de Saint-Lazare que pour monter sur l’échafaud
Aimée de Franquetot de Coigny, duchesse de Fleury puis comtesse de Montrond, sous la Terreur elle fut la muse d’André Chénier qui l’immortalisa sous le nom de la Jeune Captive
Charles Alexandre Créqui de Montmorency, mort guillotiné
Jean-Baptiste Dossonville, policier français et agent provocateur, membre de la police politique du Comité de sûreté générale de l’an II
Comtesse Madeleine Henriette Louise de Flavigny, morte guillotinée
Comtesse Elisabeth Dubois de Courval Joly de Fleury, morte guillotinée
Jean Lambert Joseph Fyon, général de la Révolution française
Charles de Hesse-Rheinfels-Rotenburg, prince de la maison de Hesse-Cassel et général de division
Philippe Le Bas, encore nourrisson et écroué quelques semaines avec sa mère dans différentes prisons parisiennes dont Saint-Lazare
Marie-Louise de Laval-Montmorency, quarante-troisième, et dernière abbesse de Montmartre
Marquis Gratien de Montalembert, capitaine au régiment du Roi infanterie
Jean Gravier de Vergennes, magistrat et diplomate, mort guillotiné
Charles Gravier de Vergennes, intendant, père de Claire Élisabeth de Vergennes, mort guillotiné
Étienne-Denis Pasquier, dit le chancelier Pasquier, homme politique
Hubert Robert, peintre, graveur, professeur de dessin, créateur de jardins et conservateur au futur musée du Louvre, libéré le 4 aout 1794, après la chute de Robespierre.
Jean-Antoine Roucher, receveur des gabelles, poète, représenté de nombreuses fois par Hubert Robert, mort guillotiné
Marquis de Sade, écrivain et libertin
Joseph-Alexandre de Ségur, militaire et homme de lettres
Baronne Catherine Louise Sylvine de Soyécourt veuve d’Hinnisdal, morte guillotinée
Joseph-Benoît Suvée, peintre
Thomas de Treil de Pardailhan, ci-devant baron et député de Paris à l’Assemblée législative
Charles-Louis Trudaine, conseiller au Parlement, et son frère Charles-Michel

Le lotissement et l’urbanisation du XVIIIe au XXe siècle

La maison Saint-Lazare est cédée au département de la Seine par un acte du 9 avril 1811.

Le domaine de Saint-Lazare est le plus vaste enclos de Paris à la fin du XVIIIe siècle, il est estimé à plus de 60 hectares au milieu du XVIIIe siècle et à plus de 52 hectares en 1789.

Les lotissements du domaine qui vont suivre la révolution attirent les spéculateurs, on citera Claude-Martin Goupy, entrepreneur, fils de l’architecte Martin Goupy, dont il héritera de l’office, qui négocia des terrains avec les Lazaristes, dont celui de la caserne de la Nouvelle-France.

Dans le cadre du lotissement du faubourg Poissonnière, Claude-Martin Goupy a aussi négocié des terrains de la communauté des Filles-Dieu, mitoyenne de l’enclos Saint-Lazare, dont il était entrepreneur. Ces transactions se sont faites « moins bien » qu’avec les Lazaristes, en effet, les Filles-Dieu délaissèrent presque tout leur terrain à titre de bail emphytéotique... ce qui fera l’objet d’un long procès entre les Filles-Dieu et Claude-Martin Goupy.

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