Les Suisses de Courbevoie morts pour le roi

Les casernes
Sur l’emplacement du centre Charras, se dressait jusqu’en 1962 la caserne Charras, construite par l’architecte Guillemot en 1756 sur l’ordre de Louis XV. La caserne abritait, jusqu’à la Révolution, un régiment des gardes suisses, mercenaires chargés de veiller à la sécurité des rois de France, et qui furent massacrés au cours de l’attaque des Tuileries le 10 août 1792.
La présence des gardes suisses contribua fortement a l’existence de la ville de Courbevoie, En effet, constitués en municipalité en 1790, Ies représentants de Courbevoie adressèrent un mémoire à l’assemblée nationale afin que la ville devienne chef-lieu de canton.
« La paroisse de Courbevoie contient une population de plus de huit cents habitants qui, avec le régiment des gardes suisses, s’élève au nombre de deux mille 10 et plus … »
Bien avant la décision de construire la caserne Charras, la compagnie des gardes suisses tenait garnison a Courbevoie et dans les villages environnants. Les gardes étaient logés chez l’habitant, dans des conditions strictement définies, dans des bâtiments séparés du corps d’habitation principal et que l’on appelait « cabanes à suisses ». Louis XV, informé de cette situation, décida d’y mettre un terme, considérant que le fractionnement et le logement, dans les différentes paroisses, des neuf compagnies de son régiment de gardes suisses était préjudiciable aux habitants et surtout à la discipline.
A la suite de quoi, le roi décrétait la construction de trois casernes, à Courbevoie, Rueil et Saint-Denis.
Révolution française
A son retour de Varennes, le roi Louis XVI est logé aux Tuileries. A la suite de la découverte du manifeste du duc de Brunswick, le roi est accusé d’avoir pactisé avec l’étranger.
Dans les premiers jours du mois d’aout, les faubourgs manifestent ouvertement leur volonté de faire le siège des Tuileries et de « châtier le tyran ». Le 4 août, les Suisses reçoivent l’ordre de se porter sur Paris. Sachant qu’ils allaient à la mort, les drapeaux du régiment sont enterrés dans les caves des trois casernes. Mais n’ayant pas eu à intervenir, ils regagneront finalement le jour même leur caserne. Le 8 août, M. d’Erlach, capitaine de la garde, remet à M. de Glutz, aide-major, l’ordre suivant : « Monsieur Ie colonel ordonne que le régiment soit rendu demain, a trois heures du matin, aux Tuileries. »
Chaque homme se voit remettre trente cartouches, et tous marchent, même les plus agés, pourtant dispensés de service. On emporte alors le drapeau de la compagnie du colonel. La journée se passe sans incident. Mais, dans la nuit, le tocsin sonne, l’alerte générale retentit et on apprend que les Faubourgs marcheront au matin sur Les Tuileries. Au petit jour, l’armée faubourienne, forte de 100 000 hommes et de 50 canons, s’ébranle en direction du palais.
Des neuf heures, le roi abandonne les Tuileries et va se réfugier à l’Assemblée. Son départ marque le début des combats. Les suisses, par un feu nourri tiré des fenêtres du haut, font de larges brèches dans les rangs des assaillants.
Ils sont maitres de la position lorsque M. d’Hervilly vient leur ordonner de se porter auprès du roi. L’ordre est exécuté. Mais le roi leur ordonne alors de déposer les armes et de se retirer dans leurs casernes.
Livrés sans défense aux sans-culottes, ils sont alors impitoyablement massacrés. Les survivants seront égorgés lors des journées des 2 et 3 septembre.
Le bilan de ces jours, sanglants se porte à 1 286 victimes dans les rangs des gardes du roi. On peut encore voir aujourd’hui un monument dédié à ces morts, à Lucerne en Suisse. Une grotte taillée dans le rocher accueille un lion agonisant, le flanc percé d’une flèche.
Une inscription surmonte la scène : « Au courage et à la fidélité des suisses. »
Mais si ces suisses s’illustrèrent par leur dévouement et leur obéissance, un autre citoyen helvétique s’illustra à la même époque, mais dans les rangs des sans-culottes, Georges Beller, tripier, ancien garde suisse, chassé du régiment après avoir été fouetté en public, devint l’un des membres les plus virulents de la Société populaire des sans-culottes de Courbevoie. Fort de ses connaissances militaires, il devint même commandant de la Garde nationale, et surtout notable commerçant, après le pillage de la caserne.
Le 13 octobre 1792, les braves vignerons de Courbevoie se présentèrent à la barre de la Convention nationale.
Au procès-verbal de cette assemblée, on peut lire : « La commune de Courbevoie se présenta, accompagnée de plusieurs officiers municipaux de Paris, pour offrir à la Convention cinq drapeaux des suisses de Courbevoie. On a trouvé ces drapeaux dans une cave de la caserne. »
LES RUBRIQUES INDIRECTES
Les Tuileries, le 10 août 1792


