Calvaire Mont-Valérien
Le mont Valérien est une colline française culminant à 161 mètres, située sur les territoires des communes de Suresnes, Nanterre et Rueil-Malmaison, à l’ouest de Paris (à environ douze kilomètres du parvis de Notre-Dame).
Entre le XVIIe et le début du XIXe siècle, sa partie supérieure accueille un calvaire religieux, objet de pèlerinages, alors que ses coteaux sont occupés par des vignes. L’édifice est détruit à partir de 1841 et remplacé par la forteresse du Mont-Valérien, en vue de la protection de la capitale. Pendant la guerre de 1870 avec la Prusse, l’armée française s’y réfugie, d’où elle bombarde le château de Saint-Cloud. De 1941 à 1944, durant l’Occupation allemande, plus d’un millier d’otages et de résistants y sont exécutés. Adossé au rempart sud du fort, le mémorial de la France combattante, inauguré le 18 juin 1960 par le général de Gaulle, est érigé en l’honneur des combattants, résistants et déportés de la Seconde Guerre mondiale.
Histoire religieuse
Origines
Le mont Valérien possède des origines spirituelles anciennes, probablement liées aux sources d’eau qui y coulaient. Ainsi, l’étymologie du nom de la ville de Suresnes proviendrait d’une déesse celte, Surisna, dérivé du mot « source ». Jeune bergère, sainte Geneviève y serait plus tard venue faire paître ses moutons. Les sources du mont acquièrent par ailleurs une réputation miraculeuse, ce qui attire malades et pèlerins. Au Moyen Âge, la culture de la vigne se développe sur les coteaux du mont Valérien, en lien avec le petit village de Suresnes, qui borde la Seine.
Les ermites du mont Valérien
Au Bas Moyen Âge, des ermites occupent au fur et à mesure le sommet du mont, une terre sablonneuse où ne poussent que quelques arbres. Le premier dont on ait conservé la trace est un dénommé Antoine, qui y habite une cellule en 1402 ; il correspondit avec le théologien Jean de Gerson. Il est difficile de reconstituer leur mode de vie, mais on peut estimer qu’ils devaient alterner les travaux de la terre et la prière. La deuxième ermite dont le nom nous est connu est Guillemette Faussart. Sous le règne d’Henri II, cette pieuse Parisienne se retire au mont Valérien après la mort de son fiancé et y construit une chapelle (ou un oratoire, les sources divergent), près de laquelle elle meurt en 1561. Sa pierre tombale est conservée au musée de Suresnes.
Peu de temps après, Jean du Houssay (1556-1609) participe à créer la première communauté d’ermites. Au XVIe siècle, l’ermitage comprend deux chapelles, dédiées à saint Sauveur et saint Nicolas. En 1616 est édictée la « règle des ermites », dont le musée pré-cité détient un manuscrit : il est précisé qu’il s’agit de laïcs portant un habit religieux, dont les vœux sont temporaires, qui habitent des cellules (maisonnettes dotées de jardin) et vivent de leur travail, en particulier celui de la vigne sur un terrain nommé le « clos des ermites ». Il ne s’agit donc plus d’anachorètes solitaires mais bien d’une vie communautaire. Les ermites sont placés sous la responsabilité de l’archevêque de Paris qui leur envoie des prêtres ; pendant l’hiver 1703-1704, c’est Louis-Marie Grignion de Montfort qui exerce cette charge pastorale.
Le pèlerinage
Avec la protection du cardinal de Richelieu, Hubert Charpentier obtient en 1633 la permission d’y établir trois croix (un calvaire, figurant symboliquement le Golgotha), de bâtir une église dédiée à la Sainte Croix, et d’y loger une congrégation de prêtres, décision approuvée en 1640 par lettres patentes données par Louis XIII. C’est le début du pèlerinage du Mont-Valérien, qui se met en place en parallèle de l’ermitage précédemment décrit. Depuis Paris, les fidèles traversent la Seine grâce à un bac et arrivent à Suresnes, grimpant jusqu’au sommet du mont par un chemin qui fut progressivement bordé de chapelles matérialisant les stations du chemin de croix, lesquelles furent financées grâce à des personnalités de la Cour ; un escalier monumental, dit des cent marches, est aussi construit (il existe encore de nos jours, dans le cimetière abandonné). À Suresnes, des activités d’hôtellerie et de restauration se développent pour accueillir les pèlerins, occasionnant parfois des troubles (tavernes…).
En 1648, alors que son carrosse roulait vers le sommet du mont Valérien, Madame de Miramion est enlevée par des cavaliers, qui l’emmènent captive au château du duc Roger de Bussy-Rabutin. En difficulté financière, il pensait réussir à séduire cette jeune veuve et en profiter pour renflouer ses caisses par la même occasion. Devant ses protestations, il finit par la relâcher. Elle lui intente un procès mais il s’en sort après avoir déboursé 4000 livres. L’histoire fera rire toute la Cour.
Les jacobins (dominicains) achètent le calvaire en 1663 et ses dépendances et expulsent les ermites, mais le chapitre de Notre-Dame-de-Paris refuse de sanctionner le contrat et fait occuper le mont Valérien par des ecclésiastiques. Les Jacobins les chassent, et, en 1664, le roi doit intervenir pour permettre le retour des ermites.
Dans son Tableau de Paris publié en 1781, Louis-Sébastien Mercier raconte comment un pécheur qui s’était vu prescrire par son confesseur de faire le chemin du calvaire avec des pois dans ses chaussures, évita les souffrances que lui auraient causées ces légumes secs sous ses pieds en les faisant cuire. Il les mis ensuite dans ses chaussures, ce qui lui permit d’effectuer le pèlerinage sans douleur et sans déroger à sa promesse.
Toujours populaire au XVIIIe siècle, en particulier lors de la semaine sainte chez les nobles, qui passent le long d’un chemin de croix orné des scènes de la Passion du Christ, le pèlerinage cesse à la Révolution française, quand le calvaire est fermé. Les ermites sont cependant autorisés à rester sur place ; on en dénombre 40 en 1790. Quatorze y demeurent durant les troubles révolutionnaires.
Aux XVIIe – XVIIIe siècles, Suresnes reste toujours un village viticole. Autour de celui-ci, des bourgeois et aristocrates parisiens se font construire des propriétés d’agrément, certains allant jusqu’à les faire bâtir sur les pentes du mont Valérien, non loin des vignes, comme le château des Landes, en 1781, plus tard occupé par l’homme politique Philippe Panon Desbassayns, et qui fut détruit à la fin du XIXe siècle.
De la Révolution française aux années 1830
En 1791, l’Assemblée constituante supprime le calvaire. Le député Antoine Merlin de Thionville rachète ses bâtiments en 1795 et les revend une décennie plus tard, après avoir envisagé d’y construire un château. Des religieux trappistes viennent s’y installer à partir de 1806. Sous le Premier Empire, soupçonnant des réunions secrètes qui s’y seraient tenues contre lui, Napoléon Ier fait arrêter les protagonistes et raser l’église et le monastère de la communauté des ermites ; un dernier ermite y subsiste cependant jusque 1831. En 1812, l’empereur ordonne à l’architecte Nicolas Jacques Antoine Vestier de construire un bâtiment qui existe encore et qui devait servir à accueillir une maison d’éducation de la Légion d’honneur. Comprenant l’intérêt militaire du site, il fait cependant finalement convertir l’édifice en caserne.
Sous la Restauration, le calvaire est rétabli et une congrégation religieuse vouée à la rechristianisation du pays, la société des Missions de France, fondée par Jean-Baptiste Rauzan et Charles de Forbin-Janson, s’installe dans le bâtiment, en vertu de l’ordonnance de Louis XVIII de 1816. Le 22 septembre 1822, une ordonnance royale concède à la société les terrains et bâtiments du mont Valérien pour 60 ans. En 1824, la congrégation ouvre sur les pentes du mont un cimetière, rapidement devenu un lieu de sépulture privilégié pour l’aristocratie parisienne. Forbin-Janson y fait également construire un petit château et une chapelle (qui existe toujours).
Symbole du légitimisme, le lieu est vivement critiqué par les vainqueurs des Trois Glorieuses (1830) : le calvaire est détruit, les missionnaires chassés mais les bâtiments napoléoniens sont conservés. Le 25 décembre 1830, une ordonnance de Louis-Philippe, prise sous le rapport du ministre des Cultes Joseph Mérilhou, dissout la société des Missions de France et rattache le mont Valérien au domaine de l’État, disposant en son article 3 qu’« à compter de ce jour, il ne sera point fait d’inhumations nouvelles dans les terrains concédés ». Mais il revient sur cette prohibition dans une ordonnance du 13 janvier 1831 en invoquant des « principes de convenance et d’humanité » ; quelques inhumations ont ainsi lieu au cimetière pendant plusieurs années.
Histoire militaire
En 1841, Louis-Philippe et Adolphe Thiers intègrent le mont Valérien dans le réseau des fortifications qui doit ceinturer Paris et y font construire une imposante citadelle, terminée en peu d’années pour un coût de 4 500 000 francs. Pour cela, les anciens bâtiments religieux sont détruits, à l’exception de l’édifice de 1812 et du cimetière. En 1870-1871, le fort joue un rôle important dans la défense de Paris pendant le siège des Prussiens. Une fois récupéré par l’armée des Versaillais, il sert à bombarder les Fédérés de la Commune de Paris.
On land on the eastern slope of Mont Valérien, donated by the municipality of Suresnes, the Suresnes American Cemetery was built during the First World War to house the remains of American soldiers.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le fort du Mont-Valérien est le lieu de plus d’un millier d’exécutions d’otages et de résistants. Le 18 juin 1960, le général de Gaulle inaugure en contrebas de la forteresse le mémorial de la France combattante, où reposent seize corps de combattants, originaires de France et des colonies, symbolisant les différentes formes des combats pour la Libération. Depuis, chaque année, le président de la République y participe à un hommage national.
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