Abbaye de Saint-Germain-des-Prés



L’abbaye Saint-Germain-des-Prés (Sancti Germani de pratis), qui comprend l’actuelle église Saint-Germain-des-Prés, est une ancienne abbaye bénédictine de Paris (France), située 3 place Saint-Germain-des-Prés dans l’actuel 6e arrondissement. Fondée au milieu du VIe siècle sous le nom de basilique Sainte-Croix et Saint-Vincent par le roi mérovingien Childebert Ier et saint Germain, évêque de Paris, elle doit son nom actuel à ce dernier.
L’église Saint-Germain-des-Prés est la plus ancienne des grandes églises parisiennes.
Le quadrilatère compris entre les rues de l’Échaudé, Gozlin, Saint-Benoît et Jacob marquent les limites l’enclos de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Époque romaine
Avant la fondation de l’abbaye, se trouvait à son emplacement, à l’époque romaine, un lieu de culte. Aucune preuve n’existe qu’il ait été dédié à Isis. Ce lieu de culte profitait d’une position légèrement plus haute qu’aux alentours (un « mamelon » aujourd’hui invisible, car en partie arasé) à l’abri des crues annuelles, car ce temple se trouvait alors le long d’une route allant vers l’ouest qui longeait la Seine à bonne distance (grosso modo à la hauteur du boulevard Saint-Germain), hors des zones humides connues au Xe siècle sous le nom de « Clos de Laas ». Cette voie rejoignait ensuite le passage du fleuve par ce qui est aujourd’hui la rue Saint-André-des-Arts.

Haut Moyen Âge (500-987)
L’époque mérovingienne (481-751) : la fondation
Afin de glorifier la tunique de saint Vincent et une croix d’or de Tolède, reliques ramenées de Saragosse à la suite d’une expédition en 542, Childebert Ier, fils de Clovis et roi mérovingien, fit construire une basilique qui fut placée sous la double protection de saint Vincent et de la Sainte Croix et dénommée basilique Sainte-Croix et Saint-Vincent. Il fera également une donation des terres du « clos de Laas » à cette dernière en 553 et lui cède toutes les pêcheries qui sont sur la Seine, depuis le pont de la Cité jusqu’au point où le ruisseau, appelé Savara, se jette dans ce fleuve. Elle fut consacrée vers 558 par l’évêque de Paris, Germain, ancien moine de l’abbaye Saint-Symphorien de Saint-Pantaléon (Saône-et-Loire) dont il fait venir les moines en 543.

Le souverain mérovingien y fut inhumé le 23 décembre 558 entre les 2e et 3e piliers sud, puis, à sa suite, plusieurs membres de la famille royale des Mérovingiens de Paris.
Les corps, entourés d’un suaire ou vêtus, furent déposés dans des tombeaux placés dans le chœur des moines ; ainsi, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés fut, avant l’abbaye de Saint-Denis, et après celle de Sainte-Geneviève, nécropole royale. L’évêque Germain, lui, avait été enterré dans la chapelle Saint-Symphorien, à côté de l’église le 28 mai 576 alors qu’il avait fait don de son alleu de Bitry[11].

Dès le VIe siècle, un monastère s’installa à côté de l’église. Son premier abbé fut saint Doctrové († vers 580), qui assura la mise en œuvre du service liturgique de l’église, où son corps fut déposé à sa mort. À partir du VIIe siècle, le nom de Saint-Germain fut associé à celui de Saint-Vincent.

L’époque carolingienne (751-987)
En 756, en présence de Pépin le Bref et de son fils Charles, futur Charlemagne, le corps de saint Germain est transféré de la chapelle Saint-Symphorien dans l’église même, derrière l’autel principal, en raison de l’affluence des pèlerins qui venaient lui rendre hommage. L’église est désormais uniquement connue sous le nom d’église Saint-Germain-des-Prés. Ornée d’un sol en mosaïque, de hautes colonnes de marbre supportant des arcades, de peintures à fond d’or sur les murs, son toit revêtu de cuivre doré répand une lumière dorée, ce qui lui vaut d’être longtemps appelée « Saint-Germain-le-doré ».

L’abbaye parisienne dispose alors d’un vaste réseau spirituel et économique le long des grandes voies de communication terrestres et fluviales de l’empire carolingien, depuis la vallée de la Seine jusqu’à la Belgique, la Suisse, en passant par la Bourgogne et le Morvan.

L’abbaye, largement et richement dotée de terres à cette période (le polyptyque d’Irminon, rédigé autour de 823-828, en donne une idée), est assaillie à plusieurs reprises par les Normands dès 845, puis en 856 et n’est sauvée du saccage que contre le paiement d’une importante rançon. Mais en 861, un incendie détruit l’abbatiale. Restaurée en 869, elle est à nouveau occupée par ceux-ci lors du siège de Paris (885-887), dont le déroulement nous est connu par le récit qu’en fit un moine de l’abbaye, Abbon de Saint-Germain-des-Prés. Les bâtiments sont pillés, saccagés, puis brûlés, marquant la destruction de l’œuvre de Childebert. Les reliques de Saint-Germain, mises plusieurs fois à l’abri des murailles de Paris, retrouvent leur place en 888.

La règle bénédictine de Cluny est introduite en 1024.

En 1129, un concile extraordinaire se tient à l’abbaye sous la présidence du légat du pape Mathieu, cardinal-évêque d’Albano, rassemblant douze évêques dont celui de Paris, Étienne de Senlis, plusieurs abbés, le roi Louis VI, la reine Alix et leur fils aîné, afin de statuer sur la demande de l’abbé Suger qui revendique le retour de la riche abbaye Notre-Dame d’Argenteuil dans la dépendance de Saint-Denis. Les religieuses d’Argenteuil, alors dirigées par la fameuse Héloïse, vont être transférées sous le prétexte de dérèglements au monastère du Paraclet en Champagne. L’abbaye d’Argenteuil devient alors un prieuré d’hommes dépendant de l’abbaye de Saint-Denis, qui y développe l’agriculture et le vignoble.

De 1227 à 1273, quatre abbés rebâtissent de nouveaux bâtiments, de style gothique : cloître, réfectoire, salle du chapitre et dortoirs, ainsi que la chapelle de la Vierge, que l’on doit à l’architecte Pierre de Montreuil, élevés entre 1245 et 1255 qui y fut inhumé et qui est l’auteur de la sainte Chapelle dans l’ile de la Cité.

L’abbaye était utilisée par les monarques français pour accueillir des rois en visite, comme le roi Édouard Ier d’Angleterre en 1286, qui l’utilisa comme base lors d’une visite à Philippe IV de France au Louvre.

L'abbaye en 1368 d'après Dom Bouillart.
L’abbaye en 1368 d’après Dom Bouillart.
De nombreux conflits opposèrent l’abbaye et l’université au sujet de l’appartenance du Pré-aux-Clercs, en 1179 puis Philippe III de France ordonnera l’arasement de deux tours qui en fermaient l’entrée en 1278 au sujet du Pré-aux-Clercs.
L’abbé Richard de Laître fait réparer l’église et fortifier le monastère. En 1368, le roi Charles V fait rénover les fortifications de Paris (la partie droite de la rive dite : enceinte de Charles V) par un fossé, il demande que l’abbaye fasse de même.
Le creusement de douves nécessita d’ailleurs à l’époque l’achat par les religieux d’une partie du Pré-aux-Clerc à l’Université qui reçut en échange le terrain mitoyen situé au nord l’abbaye que l’on appela « Petit Pré-aux-Clerc » (la partie principale étant alors désignée sous le nom de « Grand Pré-aux-Clerc »).
Les douves de l’abbaye furent alimentées en eau par un canal de 27 m de largeur que l’on appela la « Petite Seine » (qui coulait lui-même en lieu et place d’une ancienne rivière appelée la « Noue ») et dont le tracé suit l’actuelle rue Bonaparte. Le tracé de ces douves se retrouve dans les rues suivantes : Jacob, de l’Échaudé, Gozlin et Saint-Benoît.

Le roi Louis XI octroie le développement d’une foire de Saint-Germain ayant autant d’importance que celle de Saint-Denis en 1483.

La peste sévit en ville en 1561, le roi Charles IX, sa mère Catherine de Médicis et la cour trouvèrent refuge en l’abbaye.

En 1586, le cardinal abbé Charles de Bourbon fait bâtir par Guillaume Marchant, le palais abbatial en brique et pierre (5-7 rue de l’Abbaye). Avec l’abbatial, ceux sont les seuls batiments qui nous soient parvenus.

Henri IV s’empara à deux reprises de l’abbaye pour en faire son observatoire sur Paris en 1590, l’abbé fit partie de ceux qui aidèrent à la conversion du futur roi.

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