Les dangers des bacs de Seine

Henri IV, la reine et les princes manquèrent de périr en 1606 en empruntant le bac pour passer la Seine entre Courbevoie et Neuilly. Récits de Pierre de l’Estoile de Jean Héroard, médecin du Dauphin (qui devait être Louis XIII), est plus coloré et probablement très près de la vérité.

« Vendredi, 9 juin 1606.
— ... A quatre heures, le Roi et la Reine partent pour s’en retourner à Paris ; étant au port de Chatou, au delà de l’île, il faisait glissant à la descente, les chevaux reculent, poussent le bac, les roues de derrière du carrosse demeurent dans l’eau ; et à la descente de celui de Neuilly, tout le carrosse tomba dans l’eau, à la main gauche de la Reine, étant à la portière, et le Roi couché du long en dedans, où il s’était mis un peu auparavant pour dormir. Ce fut ainsi que les chevaux étoient près d’entrer dans le bac ; l’un de ceux de derrière glisse, le cocher le fouette, se voulant relever, il retombe, tire et fait tomber son compagnon, et le carrosse renverse en l’eau, sur la nacelle attachée au bac, qui s’enfonça, mais empêcha que le carrosse n’allât tout au fond. Mr de Montpensier se jeta le premier dehors par la portière qui étoit en l’air environ demi-pied. Mr de l’Isle-Rouet y va, appelle le Roi, qui n’avait que la tête et un bras hors de l’eau, lui prend les mains, le met hors de l’eau (le Roi) disant « Que l’on aille à ma femme », et en sortant rencontre Mr de Vendôme, qu’il met hors de l’eau. Cependant, la Reine était tombée dans l’eau, à la portière ; un valet de pied s’y jette, la prend par sa coiffure qui échappe, il la prend sous la gorge, et à l’aide de Mr de Chastaigneraie, ils lui mettent la tête hors de l’eau, et aussitôt elle demanda « Où est le Roi ?... » qui, l’entendant, se jeta dans l’eau pour l’aider à mettre dehors. Mme la Princesse de Conty fut toute la dernière, qui avait, du commencement, pris le sieur de l’lsle par la barbe, comme il tirait le Roi ; elle quitta pour ce qu’il l’empechoit »

Henri IV, voulant faire du château de Saint-Germain une demeure vraiment royale, avait compris la nécessité d’en faciliter l’accès par un chemin moins capricieux. Il projetait la construction d’une chaussée directe reliant Paris et Saint-Germain et il avait conçu le remplacement des bacs de Neuilly, de Chatou et du Pecq par des ponts. On pourrait croire que les bacs — celui de Neuilly tout au moins — avaient vécu après l’événement de 1606 et que la construction du ou des ponts avait été aussitôt décidée. Ce serait mal connaître l’administration, celle de l’époque à peine moins lente que la nôtre. Lorsque Henri IV mourut (1610), la construction du pont était loin d’être achevée.

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